Inalco russe open 2021 Jacques GOORMAКонкурсный текст
LA FOURMILLIERE
Enfant, accroupi dans un sous-bois de pins, j’observais une fourmilière. Les fourmis, affairées, couraient dans tous les sens. Je les savais ignorantes de mon regard et cette connaissance vive et immédiate, m’incitait à penser que peut-être le ciel, comme une immensité aussi transparente que mon regard, m’observait de la même façon, moi, mes congénères et tout ce qui s’agite à la surface de la Terre.
Nous sommes tous les enfants de l’infini. Quand l’infini nous saisit, on ne peut se tromper, on sait que c’est lui. L’évidence est comme un nerf qui réagit dès qu’on le touche. Irruption de l’ineffable, les jacasseries s’éloignent.
L’enfance est le royaume de l’indifférencié. Alors la joie, la peine sont là, mais il n’y a personne pour les revendiquer. Devenir quelqu’un c’est sortir de cette royale intimité. C’est passer de la méditation à la préméditation.
Le poème nous invite à rejoindre la neutralité éblouissante, le centre incolore et sans limites où le monde à chaque fois s’éveille, s’enflamme et nous enchante.